Autonomie alimentaire - Définir son plan de culture - Par Valérie Marie du Blog Transitiongourmande.com

C’est déjà pendant l’hiver, là où le travail au potager est moindre, que la question du plan de culture se pose. Une fois défini et en fonction de l’inventaire de tes graines récoltées l’année passée, tu pourras faire la liste complémentaire de graines et plants à acheter ou commander. L’idée est que tout soit disponible au moment des semis/plantations.

Si tu commences ton premier potager peut-être ne seras-tu pas à l’aise avec le semis et dans ce cas, je te conseille de te faciliter la vie et acheter des plants en pépinière. Règle de base pour ne pas se dégoûter direct : Faire simple au départ ! Choisis tes 5 à 10 légumes préférés. Au fur et à mesure tu prendras ton envol, faire tes propres expériences et t’éclater 🙂

Pourquoi faire un plan de culture ?

La rotation des cultures est un concept ancestral dans le milieu agricole. Le but est d’améliorer le rendement et d’éviter le développement de maladies par propagation de nuisibles. Souvent, on parlera d’un plan de rotation sur 4 années.

Je te résume ce sujet très vaste et retiens qu’il y a 3 concepts majeurs :

  • Les légumes d’une même famille botanique ne doivent pas se succéder sur la même parcelle plusieurs années de suite pour éviter d’utiliser toujours les mêmes éléments nutritifs et favoriser l’apparition de parasites ;
  • Les légumes d’une même famille botanique ne doivent pas être cultivés côte à côte car ils attirent les mêmes parasites et donc augmentent les ‘signaux d’appels’ de ceux-ci ;
  • Il a des associations favorables entre légumes mais aussi des associations défavorables

Tu retrouveras sur internet différentes approches de rotation de cultures en fonction des paramètres que l’on décide de travailler (groupe/familles de légumes, type de légumes (racines, feuilles…), besoin en éléments nutritifs…). Je te l’avoue : j’y ai perdu quelques cheveux dans mes premières analyses 🙂 J’ai donc comme d’habitude décidé de mes propres paramètres en fonction de mes besoins, j’ai fait une synthèse du style « compromis à la belge » et j’ai maintenant un plan de culture que je suis plus ou moins à 95% (oui j’ai toujours du mal à me discipliner 🙂

Résultat : ça marche plutôt pal mal en terme de rendement (ma terre de potager est en effet toujours en processus d’amélioration en terme de composition et de nutrition car Potager 1 est un ancien poulailler à la composition déséquilibrée et Potager 2 était anciennement une pelouse dont la terre ‘naturelle’ est de type sableuse donc pas très riche pour un potager, tu suis toujours ? 🙂 ) et ça marche super bien en terme d’évitement de maladies !

En résumé, j’applique ma théorie des 4 :

  • Une rotation des cultures sur 4 années
  • Un potager compartimenté en 4 parcelles bien définies : Parcelle 1, Parcelle 2, Parcelle3, Parcelle 4
  • Des légumes rassemblés en 4 groupes bien définis : Groupe1, Groupe 2, Groupe 3, Groupe 4    
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En Année 1

  • Sur la parcelle 1, tu y sèmeras/planteras donc des associations de légumes du Groupe 1
  • Sur la parcelle 2, tu y sèmeras/planteras donc des associations de légumes du Groupe 2
  • Sur la parcelle 3, tu y sèmeras/planteras donc des associations de légumes du Groupe 3
  • Sur la parcelle 4, tu y sèmeras/planteras donc des associations de légumes du Groupe 4

En année 2

  • Sur la parcelle 1, tu y sèmeras/planteras donc des associations de légumes du Groupe 4
  • Sur la parcelle 2, tu y sèmeras/planteras donc des associations de légumes du Groupe 1
  • Sur la parcelle 3, tu y sèmeras/planteras donc des associations de légumes du Groupe 2
  • Sur la parcelle 4, tu y sèmeras/planteras donc des associations de légumes du Groupe 3

… Et tu continues à ‘tourner’ comme cela jusqu’à ce que le groupe 1 revienne en parcelle 1 (à la 5èmè année) et recommence un cycle complet de rotation. Choisis toujours maximum 3 légumes par groupe/parcelle

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Quand on a capté c’est pas compliqué. Le plus dur c’est de faire ce travail de réflexion la première année après ça devient un automatisme, ne t’inquiète pas 🙂

Autre chose, tu auras remarqué je ne parle pas dans mes associations préférées de la fiche Plan de culture des tomates et des aubergines. C’est parce que depuis cette année, j’ai une serre et je les y mets dedans. Alors oui, la serre est un milieu fixe qui ne ‘rotationne’ pas (en tout cas pas chaque année car c’est du bazar) et d’année en année j’y mets les mêmes cultures et donc je peux favoriser le développement de maladies et/ou attirer les parasites. Pour compenser, je fais particulièrement attention à :

  • Choisir des graines de bonne qualité (certifiée) d’une variété que j’apprécie certes mais aussi résistante. Et si je ne sème pas, je choisis des plants chez un pépiniériste sérieux… En général, les semis fait soi-même sont quand même préférables mais je te conseille la première année où tu les fais d’opter pour un mix semis/plants, de la sorte si tes semis foirent, tu peux te retourner sur les plants. La frustration sera moindre, je te promets 🙂
  • Ne pas planter en masse et s’assurer que l’air circule bien dans la serre (2 portes ou 1 porte et 1 velux c’est l’idéal ou alors on relève ‘les jambes’ si on a une serre autre que en verre).
  • Eviter que 2 plants ne se touchent
  • Ne pas oublier d’arroser régulièrement ou alors placer des oyas
  • Planter des fleurs pour brouiller les radars des parasites
  • Planter du basilic car l’association tomate-basilic est réputée pour être profitable à la culture

Enfin, il y a certaines cultures que je ne place pas au potager telles que les légumes dits anciens ET rhizomateux : les topinambours, les crosnes ou encore les ocas du pérou. Pourquoi ? Et bien parce que leur développement implique que les rhizomes peuvent se développer loin de la souche et/ou que leur taille soit trop imposante pour être cultivée dans un potager. Je les plante alors par-ci, par-là dans le jardin (ce ne sont pas des plantes exigeantes en éléments nutritifs et en eau), dans des espaces un peu cachés. Je pratique comme ça parce que si par malheur tu laisses 4-5 tubercules en terre, tu peux être sûre qu’ils vont rejeter quelques semaines/mois plus tard, une vraie galère pour s’en défaire et une vraie ‘pollution’ lors de la mise en place de la culture suivante !

Donc à l’arrachage, on s’applique pour être certaine qu’il n’en reste plus. Mais d’autre part, ce sont des légumes rares à trouver en magasin, faciles à vivre, de récolte abondante, bon pour la santé et super bon tout court 🙂 Les topinambours sont riches en probiotiques, les crosnes ont un subtil goût de noisette et les ocas… et bien je te dirai ça plus tard car je les essaie pour la première fois 🙂

P.S. : Si ton jardin est trop petit, tu peux en planter dans le potager mais je te conseille 1- de mettre les topinambours à l’arrière-plan (sinon ils feront de l’ombre aux autres légumes qui se situent derrière eux), 2- de faire un carré délimité avec des planches enfoncées dans la terre de 30 cm (un peu comme on le fait pour les bambous). Ca évitera que ça ne prolifère partout.

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Compiler ses observations, tenir un agenda

J’ai pris pour habitude :

  1. D’archiver mes plans de culture (au moins sur un cycle de rotation complet çàd 4 ans – Ben oui sinon comment tu te rappelles ce que tu as planté en parcelle 1 il y a 3 ans ?)
  2. De noter mes observations dans mon agenda du potagiste (version papier parce que je suis un peu Old School 🙂 mais tu fais comme tu veux). A chaque réussite mais aussi déconvenue, je note pour répéter, ou pas, la pratique en question l’année suivante. Au fur et à mesure des saisons, celui-ci devient de plus en plus comme Ma Bible du jardinier.

J’y note également des rappels perpétuels tels que ‘vérification stock de graines’, ‘commande de graines’, ‘tailler arbustes à baies’, ‘protéger du gel’… Bien utile car ça désencombre ton mental et évite les tonnes de post it dans la cuisine !

J’aime y annoter aussi mes ressentis quant à l’arrivée d’une nouvelle saison. Tu sais ce changement de luminosité que tu ne peux pas expliquer mais que tu ressens ? Cette odeur automnale subtile mais bien présente ? Le chant des oiseaux qui changent à l’approche du printemps ? Tous ces ressentis qui n’ont rien à voir avec des changements climatiques ou de saisons, qui ne s’expliquent pas (en tout cas moi je n’y arrive pas). Un je ne sais quoi de quelque chose de bien plus grand que toi, comme un signal, un appel à s’aligner avec Dame Nature et ses congénères… Un réel moment de contemplation et de transcendance qui me rappelle ma juste (petite) place sur notre planète <3

Potager en ligne, en carré ou en bac ?

Personnellement, j’utilise les 3 🙂 Je m’explique :

Certains légumes ont besoin d’être butés (comme la fève et la PDT) et c’est assez compliqué je trouve de buter quand on plante en carré (idéalement un carré devrait faire 120 sur 120cm, de la sorte tu peux accéder facilement au centre du carré où que tu te trouves). Pour ces légumes à buter, je sème/plante donc en ligne.

J’ai pour habitude de semer les légumes racines (panais, carotte, navet…) en carré car la culture est longue et pour limiter les arrosages je sème en carré de 120 sur 120cm et je dispose au centre un oya (pot en argile rempli d’eau qui diffuse celle-ci selon les besoins de la pante). Je remplis cet oya une fois par semaine et je laisse les légumes vivre leur vie. C’est un choix que j’ai fait pour que ces cultures longues ne soient pas un gouffre à eau.

Enfin, j’ai créé un bac au centre de ma serre. Ce bac accueille les tomates en été et je le ‘nourris’ en hiver de mes déchets verts (légumes, feuillage…) et bruns (feuilles mortes, tube de rouleau papier WC (tube en carton uniquement et non coloré), marc de café…). Je pratique une sorte de compostage direct en quelque sorte (également utile si vous ne pouvez pas créer une zone de compost si votre jardin est trop petit par exemple). De la sorte, je prépare une belle terre pour la saison prochaine, riche et habitée par les lombrics qui ont ainsi travaillé la terre en profondeur et alimenté le milieu de leurs déjections (et oui, le caca de lombric c’est top 🙂 et c’est moins cher que d’acheter du « Lombricompost » en jardinerie dont on ne sait finalement pas grand-chose du process de fabrication…). C’est également très profitable pour les terres plutôt sableuses qui retiennent difficilement les éléments nutritifs du fait que l’eau percole vite dans un tel milieu.

Si votre terre est très argileuse et donc souvent humide. La culture en bac peut être utile aussi pour les cultures qui n’aiment pas l’eau (oignons, échalotes, herbes aromatiques….). Cela pourrait s’apparenter à une culture sur butte (et donc en hauteur) intéressante dans ces cas.

Petit à petit, tu apprendras à connaître ta terre, quel légume se plait ou pas, ce que tu préfères et convient le mieux à ton terrain et son architecture. Dans un premier temps, choisi maximum 2 types de mises en place (carré, en ligne, sur bute) et lance-toi !

Tenir compte des espacements entre les légumes

Tu le sais probablement déjà mais l’espacement entre 2 plants d’artichauts est vaaaaachement plus important que l’espacement entre 2 plants de carottes 🙂 Il faut trouver la bonne équation entre laisser suffisamment d’espace pour que les légumes puissent grossir mais pas trop pour éviter que les mauvaises herbes ne s’installent et que le vent et le soleil ne dessèchent la terre.

Personnellement :

  • Je suis les recommandations de nos aïeux/livres de jardinage/producteurs de graines
  • Je sème/plante en quinconce dans un carré quand je mélange 2 légumes
  • Je paille entre les lignes
  • Je sème/plante des petites cultures rapides (radis, salade, engrais verts…) pour combler les espaces vides
Les cultures vivaces ou perpétuelles

Parallèlement à mon plan de culture décrit plus haut, j’ai toute une série de cultures que l’on dit perpétuelle car elle reste en place plusieurs années. C’est le cas des fraisiers, artichauts, asperges…. que j’ai choisi de planter en périmètre de mon potager (çàd sur chaque côté). Certains seront en place pour 3 ans avant d’être remplacés par de nouveaux plants/boutures, d’autres verront leur souche être divisée (artichaut) pour ne pas ‘étouffer’.

Il y également ce que je catégoriserai comme des aromates (oignon rocambole, livèche…) que je laisse vivre à leur gré sans m’en préoccuper.

Planter des fleurs pour attirer les pollinisateurs et limiter les parasites

J’adore mettre des fleurs par-ci par-là dans le potager 🙂 Cela donne de la couleur, des hauteurs et des formes différentes mais pas que : elles attirent les pollinisateurs et certaines ont carrément une action répulsive envers les parasites. L’idée c’est qu’elles déstabilisent les parasites avec leurs odeurs, elles « brouillent les pistes » en quelque sorte (article spécifique ICI)

Il y a le traditionnel tandem fleur de Souci (qui porte très mal son nom car ultra facile – de son nom botanique Calendula) – fleur de Tagète (appelée aussi Oeillet d’Inde – J’ai choisi la variété naine jaune moins ‘vintage’ que les oranges et les marbrées). J’y place aussi de la bourrache et des tournesols.  Ces deux dernières attirent particulièrement de magnifiques bourdons aux pattes dorées de pollen, j’adore !

Si vous avez de la place, vous pouvez aussi créer une zone à fleurs sauvages dans le jardin d’agrément (j’appelle cette zone l’espace Miam-Miam des abeilles :-)). Ca sera plus utile qu’une pelouse et perso, j’aime bien en changer la forme en redessinant les contours avec la tondeuse. C’est vraiment comme un tableau, une œuvre d’art qui vit (Ouhh ! Van Gogh sort de ce corps …).

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Voilà ! je pense avoir été assez complète dans cet article et j’espère que tu y trouveras les bases pour lancer ton super plan de culture ! Si tu es perdue dans toutes ces infos, concentre-toi uniquement sur les phrases du texte en fushia. L’essentiel est de te lancer, le reste viendra après.

A très vite les Greenies (contraction de Ladies et Green 🙂 ) Valérie

Avant de te lancer dans ton plan de culture, n’oublie pas définir ton grand Pourquoi ! C’est par ICI 🙂

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